L’avenir de l’administration

L’avenir de l’administration

L’une des caractéristiques du passé des administrations,

c’est la diversité de leurs situations, de leurs règles, de leurs mentalités. Cette réalité est souvent méconnue à notre époque de « mondialisation ».

Il faut certes connaître les administrations des autres pays pour profiter de leurs expériences. C’était d’ailleurs à l’origine, au début du XXème siècle, et c’est encore aujourd’hui, l’un des principaux objectifs de l’IISA, qui figure dans ses statuts. Nos prédécesseurs, quand ils l’ont créé, souhaitaient améliorer leurs connaissances des modes d’organisation et de fonctionnement d’autres administrations. L’administration comparée s’est développée ainsi à travers nos rencontres et nos publications. En revanche, il ne s’agissait pas, et, à mon avis il ne s’agit toujours pas d’élaborer un modèle unique d’administration publique, valable pour tous les pays. Il existe des tendances à l’uniformisation des administrations publiques. Ces tendances ont généralement échoué parce qu’elles ne tiennent pas compte de cette diversité des évolutions historiques, des traditions nationales, des niveaux de développement économique, social et culturel, des conditions géographiques.

Nous avons tous en mémoire les échecs rencontrés dans les pays ayant récemment accédé à l’indépendance, auxquels on a essayé d’appliquer des modèles soi-disant universels. Ce qu’on a appelé le « mimétisme administratif » a fait des ravages coûteux et il en fait encore. La responsabilité en est partagée entre ceux qui accordaient leurs aides et ceux qui étaient censés en bénéficier. Les premiers avaient du mal à admettre que leurs systèmes n’étaient pas nécessairement les meilleurs et surtout qu’ils ne pouvaient être appliqués partout uniformément et les seconds ne voulaient pas être dotés d’une administration « au rabais », d’un niveau inférieur.

Je me souviens d’une discussion très intéressante à laquelle j’ai assisté lors d’une session de notre Congrès tenue à Abidjan dans les années 1960, qui était consacrée à la gestion du personnel. L’un des rapporteurs était un responsable de l’autorité chargé de gérer le personnel du port de New York. Il avait posé entre autres en principe, que les dirigeants des organismes publics ne doivent pas avoir le droit d’adhérer à des syndicats, en raison des conflits d’intérêts qui pourraient en résulter; or il y avait dans la salle un de mes compatriotes qui était à la fois directeur d’une grande administration et syndicaliste et qui a expliqué que ce cumul ne posait pas de problèmes. On peut résumer ces développements en paraphrasant un mot célèbre : « ce qui est bon pour Général Motors est bon pour le gouvernement des États-Unis ». Il faudrait dire ici au contraire que ce qui est bon pour les États-Unis ou pour la France ou pour la Chine, n’est pas nécessairement bon pour d’autres pays et qu’une transposition mécanique d’institutions étrangères peut donner, et a donné fréquemment, de mauvais résultats.

Même entre des pays voisins, proches par leurs traditions et leurs cultures, comme les pays d’Europe, l’on constate des différences sensibles. On n’administre pas en Espagne comme en Angleterre, en Allemagne comme en Italie. Nous constatons même que dans un pays aussi centralisé et unifié que la France, les pratiques et les règles administratives diffèrent d’une région à l’autre, et de plus en plus.

Cette diversité ne suffit pas à rendre compte de la réalité actuelle des administrations publiques. On constate en même temps une tendance à un rapprochement entre les systèmes et même à une certaine uniformisation, qui s’explique par plusieurs facteurs.

D’abord, naturellement, les progrès techniques : transports, télécommunications, informatique, pour ne citer que les principaux. Ils facilitent les échanges et ils induisent des méthodes identiques. Il n’y a pas mille façons d’envoyer un message électronique.

D’autres facteurs de rapprochement tiennent au développement des rencontres entre fonctionnaires et spécialistes de l’administration publique, dont notre Institut fournit un excellent exemple, ainsi que l’internationalisation progressive des activités administratives dont les enjeux dépassent de plus en plus les frontières de ce qu’on appelle communément « les États nations ».

Enfin sont apparues des valeurs universelles et des principes communs, qui se répandent à travers le monde et qui constituent autant de facteurs d’uniformisation.

C’est l’évolution de ces principes et de ces valeurs que je voudrais maintenant évoquer.

Sans remonter au déluge, on peut distinguer dans la période récente, c’est-à-dire au cours des deux derniers siècles, depuis ce qu’on appelle en Europe « le siècle des lumières », des principes permanents et des valeurs évolutives.

Parmi les premiers figurent notamment la finalité d’intérêt général, le respect du droit, le principe de responsabilité, l’exigence d’efficacité et ce que la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne rédigée et proclamée en l’an 2000, appelle « le droit à une bonne administration ».

Les secondes comprennent entre autres la décentration, la transparence, la participation, enfin l’internationalisation.

L’un des problèmes les plus controversés aujourd’hui, à propos des administrations publiques, est celui de leur taille et de leur poids. Nous avons eu dans la plupart des pays d’Europe, au cours des deux dernières décennies, d’âpres débats entre les partisans de « moins d’État » et de « plus d’État ».

Je crois personnellement que c’était un faux problème, de caractère métaphysique ou théologique. En effet, les fonctions de l’État ont atteint une sorte d’équilibre, qui a tendance à se stabiliser, quelle que soit l’idéologie dominante. Personne n’envisage aujourd’hui une société fondée sur le « tout État » ni une société dépourvue d’administration. Que ce soit en terme de nombre de fonctionnaires, de budgets et de prélèvements obligatoires, de quantité de réglementations, les proportions sont à peu près identiques et elles sont stables.

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